#4 - Et la révélation de la campagne s'appelle...

Tentons ici de nous projeter en janvier 2022…


Bien sûr, il n’est pas candidat. Bien sûr, il soutient sa cheffe sans réserve. Mais chacun s’accorde désormais à dire que Jordan Bardella est devenu, au fil des mois, la révélation de cette campagne, lui qui impressionne jusque chez ses opposants les plus acharnés. Il est fort, il est fourbe. Il maîtrise ses éléments de langage, tout en donnant l’air de la spontanéité - le propre des meilleurs. Il est combatif, offensif, ce qui plait à une certaine frange de la “droite décomplexée” pour qui Marine Le Pen n’a jamais eu le punch nécessaire. Et il a beaucoup travaillé pour combler ses lacunes, lui qui s’était retrouvé propulsé tête de liste du RN aux européennes, il y a deux ans, à la surprise générale, à seulement 23 ans. Ce qui n’avait pas empêché sa liste d’arriver en tête du scrutin.

Depuis lors, Bardella, député européen et vice-président du RN depuis un an et demi, déroule. Il faut revoir cette interview sur France Inter et France Info TV, en novembre 2020, quand il restait encore un outsider de la vie politique. Tout était déjà là. Les journalistes peu préparés. Qui commencent par le regarder de haut, en ne le prenant pas au sérieux. Puis qui s’énervent, frustrés, en le voyant prendre le dessus. Bardella était sorti du studio avec un sourire en coin : il avait bien compris qu’il avait plié le match. Que ce type d’interviews était typiquement celui qui lui permettrait de séduire les indécis, et l’immense cohorte des auditeurs perméables aux théories de complot.

Et voilà donc qu’aujourd’hui, alors que tout le monde craignait Marion Maréchal, c’est lui qui monte à l’extrême droite, et lui seul.

Jordan Bardella est à Marine Le Pen ce qu’Adrien Quatennens est à Jean-Luc Mélenchon. Les deux, nés dans les années 1990 et encore inconnus en 2017, ont suivi une ascension politique éclair. Les deux sont issus de milieux modestes. Les deux doivent tout à leur leader, et ne l’oublient pas. Ils en sont leur meilleur porte-parole, leur meilleur soutien durant cette campagne où chacun des deux candidats de 2017 se retrouve face au défi de faire mieux que la fois précédente - quand ils avaient atteint des scores déjà inédits. Alors face à une probable nouvelle défaite (bien que le mot soit tabou des deux côtés), chaque camp ne peut s’empêcher de regarder plus loin, de penser à l’après. A la relève.

Aujourd’hui, Bardella reste évidemment trop jeune. Mais il a tout le potentiel. Il n’a pas Le Pen dans son nom - une nécessité pour briser ce plafond qui résiste encore à l’extrême droite. Pour son camp, il est le profil idéal : fils d'une immigrée italienne, il porte un prénom typique de cette France populaire si peu représentée en politique. Jordan, comme Kevin, est le prénom de ceux qui, statistiquement, ont le moins de chances d’obtenir une mention très bien au bac - encore derrière les Dylan et les Mohamed. Bardella pourrait être celui qui fait mentir les statistiques en même temps qu’il ravive la flamme frontiste.

Bardella a bien compris qu’il lui fallait voir plus loin que ne le font les caciques du parti. Pour continuer de monter, il lui faudra séduire les nouvelles générations. Lors des européennes, il le disait déjà : les deux priorités de sa génération sont la crise migratoire et la crise environnementale. Il compte bien dépoussiérer le RN. On n’a pas fini d’entendre parler de Bardella.


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